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lundi 17 octobre 2011

L'Amérique occupée


La spontanéité du mouvement Occupy Wall Street pourrait laisser présager son rapide essoufflement. Pour discréditer cet élan populaire, plusieurs soulignent son absence d’unité ou de revendications précises. Mais à y regarder de plus près, une idée générale semble émerger : le capitalisme financier doit être remplacé.

mercredi 18 mars 2009

Cet autre monde possible

L’année 2009 s’est entamée sur une pluie de mauvaises nouvelles économiques. L’indice de confiance des consommateurs américains est au plancher. Les taux de chômage sont en hausse au Canada comme aux États-Unis (respectivement 7,7% et 8,1% en février). Le symbole même de la réussite américaine, l’industrie automobile, est agonisant.

Pourtant, nous ne sommes même pas enfoncés dans les gouffres les plus profonds de cette crise que, déjà, des commentateurs de l’actualité parlent de reprise. Des économistes expliquent la crise en termes de cycles économiques, comme s’il s’agissait d’une science exacte, prévisible et asociale. Or, il n’y a pas plus grave erreur que d’appréhender la crise actuelle selon une perspective strictement économique (économiste dirait-on). Les indices de croissance, d’emploi ou de confiance des consommateurs fournissent certainement d’excellentes prévisions statistiques, mais fournissent-ils des solutions à des crises humanitaires et environnementales? En tiennent-ils même compte dans leur calcul?

Ces dernières années, le fait d’«empoisonner» le discours économique par des préoccupations sociales et environnementales était un «défaut» typique des tenants d’un discours de gauche. Aujourd’hui, qu’en est-il? À droite comme à gauche sur l’échiquier politique, il est temps de reconnaître les aberrations commises au nom du marché, au nom d’une «doctrine de choc néolibérale» (Naomi Klein, 2007). D’aucuns proposent de tout simplement sortir du capitalisme pour sauver la planète (Hervé Kempf, 2009); d’autres suggèrent plutôt une énième réforme de ce système (le vent d’espoir obamien). Il faut à tout le moins s’entendre sur la nécessité de tirer un trait sur cette ère kleptocratique (le pouvoir par le vol) rendue possible par le capitalisme de type financier.

La crise actuelle fournit l’illustration qu’une valorisation outrancière de l’individualisme peut mener à une forme de narcissisme destructeur de toute solidarité. Les crédos de la réussite, de l’efficacité, du pragmatisme, de l’adaptabilité et de l’utilitarisme participent à cette désolidarisation. Le premier défi auquel l’humanité fait donc face concerne la recréation d’espaces de solidarité. Il s’agit de combattre les affres d’une globalisation des marchés inadaptée à l’humain en repensant le monde à travers une société civile plus dynamique.

Soyons sensibles à la nouvelle réalité sociopolitique. Le progressisme contemporain ne passe plus uniquement par des structures intermédiaires souvent désuètes et inefficaces (État, partis politiques, syndicats aux allures corporatistes). Il passe aussi par l’altermondialisme qui offre des espaces publics dynamiques. Par altermondialisme, il faut entendre ce gigantesque «mouvement des mouvements» qui propose de revaloriser la place du social dans un monde dominé par une dictature de l’économie. Il permet d’imaginer «un autre monde possible» comme l’exprime son slogan (et titre d’un ouvrage de Joseph Stiglitz, 2006). Concrètement, de nouveaux liens sociaux se tissent à travers des plates-formes de l’altermondialisme aussi diversifiées que les forums sociaux (mondiaux, nationaux, régionaux), les organismes de solidarité internationale, les organisations non gouvernementales, les organismes communautaires, les entreprises d’économie sociale.

Que sera le monde au lendemain de la crise mondiale? En Occident, grâce aux altermondialistes, de plus en plus de gens se sensibilisent et se conscientisent à une pluralité de problématiques (inégalités sociales, crises humanitaires, fragilité de la planète et par le fait même de notre espèce). Devant cette prise de conscience, l’être humain peut abdiquer et se contenter d’attendre qu’un futur obscur s’abatte sur lui. Il peut s’isoler et nier la réalité qu’il connaît. Devant le sentiment d’impuissance, la tentation est forte de sombrer dans la passivité, le cynisme et l’inaction. Or, la conscience ne vient-elle pas avec des responsabilités? Pour paraphraser Albert Einstein, «le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent agir et refusent d’intervenir».

Publié au Nouvelliste le 26 mars 2009

samedi 26 avril 2008

Une pétrodépendance qui tire à sa faim?

Depuis quelques mois, les pages des cahiers économiques des journaux regorgent de nouvelles pessimistes. Le vocabulaire utilisé par les analystes économiques ressemble à : récession, inflation, diminution de la croissance, pertes et ainsi de suite. En effet, les États-Unis sont menacés de récession et, par ricochet, nous le sommes. Cependant, au-delà des scénarios conjoncturels qui prévoient un ralentissement temporaire, il faut user de clairvoyance et entrevoir la réelle menace structurelle. Cette menace est celle d’une crise économique majeure qui serait rien de moins qu’une crise de légitimité du système capitaliste dans sa forme actuelle (financière).

Au devant de ces scénarios de crise que d’aucuns considèrent comme apocalyptiques se profile le symbole même de la surexploitation de notre planète : le pétrole. Depuis déjà quelques décennies, la planète dévoile ses limites, sa fragilité, voire sa vulnérabilité. La flambée des prix du pétrole et la pénurie prévue de cette ressource (à partir de 2040 selon les scénarios les plus réalistes) sont les symptômes les plus clairs de cette surexploitation des richesses de la Terre. Claude Picher écrivait dernièrement (La Presse, 26 avril) que l’ensemble des importations du Québec en pétrole brut avait subi une hausse de prix de 457% ces dix dernières années! Pourtant, on le sait, toute l’économie mondiale – et forcément québécoise – dépend de cette ressource. Dans cet ère de globalisation des marchés, les moyens de transport alimentés au pétrole ont une importance accrue, voire démesurée. Tout produit de consommation voyage des milliers de kilomètres avant d’être acheté. L’exemple le plus probant est celui des aliments qui, avant d’aboutir dans notre assiette, voyagent en moyenne entre 2600 et 4000 kilomètres.

Effectivement, cette hausse vertigineuse du prix du pétrole, accompagnée de la crise hypothécaire étasunienne, risque de faire chuter le monde capitaliste en pleine crise. Crise économique d’abord, mais humanitaire surtout. Déjà, la planète vit une crise alimentaire alarmante. Le prix de certains aliments connaît une croissance exponentielle. C’est le cas du prix du blé qui a crû de 181% en trois ans. Il y a quelques jours, le président de la Banque mondiale Robert Zoellick déclarait que le doublement des prix alimentaires ces trois dernières années risquait de plonger quelque cent millions de nouveaux individus dans la pauvreté. Comme résultat direct, trente-trois États dans le monde sont menacés de troubles politiques et de désordres sociaux liés directement à la pénurie d’aliments essentiels à la survie. C’est déjà le cas dans quelques-uns des pays les plus durement touchés dont Haïti, le Cameroun et la Côte d’Ivoire.

Pourtant, en 2000 étaient divulgués à l’Organisation des Nations Unies (ONU) les Objectifs du Millénaire qui visaient entre autres à réduire pour 2015 de moitié l’extrême-pauvreté dans le monde (le milliard de personnes vivant avec moins d’un dollar par jour). À mi-chemin de l’échéancier, nous pouvons déjà faire le constat que cet objectif se destine à un échec cuisant, un échec pour toute l’humanité. Faut-il une crise humanitaire pour remettre en question les fondements de l’ordre (ou du désordre) économique actuel? Faut-il une crise humanitaire pour enfin percevoir le fossé qui s’élargit entre les mieux nantis et les plus défavorisés? Faut-il absolument une crise humanitaire pour que nous changions notre mode de vie et nos habitudes de consommation? Les prochaines années répondront à ces questions.

Publié au Nouvelliste le 29 avril 2008
Publié au Devoir le 30 avril 2008
http://www.ledevoir.com/2008/04/30/187551.html