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Professeur de sociologie et d'histoire.
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vendredi 20 mai 2016

Contre les élections (compte rendu de lecture)



En 2014, les éditions Actes Sud ont fait paraître Contre les élections, un essai du Belge David Van Reybrouck. Publié sous la collection Babel essai, cet ouvrage est originalement paru en néerlandais en 2013 sous le titre Tegen verkiezingen.  L’auteur est écrivain, en plus d’être spécialiste d’histoire culturelle et archéologue. Parmi les reconnaissances qu’il a obtenues, notons son prix Médicis Essai (2012) pour son ouvrage Congo, une histoire.  Dans Contre les élections, Van Reybrouck fait le constat que notre démocratie représentative se trouve dans une impasse. Il s’interroge sur la manière de remédier au « syndrome de fatigue démocratique ». 

jeudi 11 février 2016

Une démocratie gangrenée

Les États-Unis d’Amérique sont cités en exemple comme modèle politique. Avec raison. Après tout, le pays symbolise la liberté, l’innovation, le prestige. C’est dans ce pays qu’on retrouve les plus grandes universités (pensons à la Ivy League), les plus grandes entreprises d’innovation technologique (pensons à la Silicon Valley), les institutions financières qui dictent la marche à suivre à bon nombre d’États. Comme gendarme du monde (hard power), mais aussi comme modèle culturel (soft power), les États-Unis exportent encore chaque jour l’image d’une Amérique triomphante. Néanmoins, la campagne présidentielle actuelle soulève une fois de plus des questions immenses sur le caractère désuet de la démocratie étasunienne. Loin de symboliser le progrès et la liberté, ce système politique est sclérosé, élitiste et gangrené. Examinons la situation.

dimanche 11 octobre 2015

Le mépris pour la démocratie



Ça suffit! Cette campagne électorale historiquement longue a assez duré! Sortons les conservateurs du pouvoir! Avec un peu de chance, peut-être un prochain gouvernement néo-démocrate ou libéral (ou mieux : les deux) envisagerait-il quelques actions pour éviter les dérives autoritaires des dernières années. Le mépris pour la démocratie a assez duré.

mardi 23 juin 2015

Sortir de l'impasse conservatrice



Vivement des élections à l’automne! Les Canadiens pourraient bien tourner le dos à une décennie de pouvoir conservateur (2006-2015). Stephen Harper est devenu premier ministre du Canada deux ans à peine après qu’une fusion de l’Alliance canadienne et du Parti progressiste-conservateur eût donné naissance à sa nouvelle formation politique, le Parti conservateur du Canada. Depuis, le «plus meilleur pays au monde» (dixit Jean Chrétien) n’est plus le même.

lundi 8 avril 2013

Après Chávez


Le 5 mars dernier, Hugo Chávez décédait des suites du cancer. Celui-ci avait occupé le poste de président du Venezuela depuis 1999. Personnage charismatique et inspirant pour certains, leader populiste et clientéliste pour d’autres, Chávez laisse son pays avec de grands défis à relever. Et les chaussures sont énormes à porter. 


mercredi 5 septembre 2012

Le goût amer de la victoire



La victoire du Parti québécois à l’élection du 4 septembre représente un exploit de taille. Il s’agit pratiquement d’une résurrection après les traumatismes qu’avaient provoqué les départs du caucus péquiste des Curzi, Lapointe, Beaudoin, Aussant, Charette et Rebello dans les 18 derniers mois. C’est aussi un exploit de taille pour Pauline Marois que plusieurs (dont j’étais) déclaraient politiquement morte au début de 2012. La résiliente Marois devient donc la première femme à exercer le rôle de premier ministre dans l’histoire du Québec. Soulignons son flair, son acharnement et son habileté politique.

mercredi 22 août 2012

Combats d'image


Toujours intéressant d’observer les chefs de partis débattre à la télévision. Par le passé, de tels affrontements eurent un impact décisif dans les résultats du scrutin. Juste à penser aux premiers exercices du genre : aux États-Unis, Kennedy contre le nerveux Nixon en 1960; au Québec Lesage contre l’impatient Johnson en 1962. 

lundi 23 janvier 2012

Réinventer la démocratie

L’année 2012 sera une année électorale pour d’importants pays sur la planète : la Russie (mars), la France (avril et mai) et les États-Unis (novembre). Pourtant, compte tenu de la santé de la démocratie sur la planète, les attentes doivent demeurer modestes face aux transformations que ces élections provoqueront. À l’heure actuelle, des réformes du système sont nécessaires dans toutes les «grandes démocraties» de la planète, incluant ces trois pays. Elles sont même préalables à l’arrivée de politiciens audacieux, aptes à prendre les décisions qui s’imposent d’un point de vue écologique, socioéconomique et géopolitique.


mercredi 7 décembre 2011

Redonner confiance en la démocratie


En 2012, tout indique que les Québécois seront appelés aux urnes pour élire un nouveau gouvernement. La dernière fois, en décembre 2008,  ils avaient été nombreux à bouder l’élection (particulièrement les jeunes). Le taux de participation de 57,3%, alors jugé catastrophique par le Directeur général des élections, était le plus bas taux en 70 ans. Il n’y a aucune raison de croire que la situation pourrait s’améliorer cette année.

lundi 30 août 2010

Ces coalitions indésirables mais nécessaires

La réalité des gouvernements minoritaires est réapparue dans le paysage électoral canadien en 2004. Depuis, les Canadiens en ont élu trois de manière successive (libéral en 2004 et conservateur en 2006 et 2008). Et les derniers sondages indiquent qu’une telle situation pourrait se reproduire aux prochaines élections générales.

lundi 7 septembre 2009

Déficit démocratique à Trois-Rivières

Cet automne, les campagnes électorales risquent d’être à l’avant-plan une fois de plus dans l’actualité québécoise. Depuis 2003, les Québécois ont été appelés aux urnes pour trois élections provinciales (2003, 2007, 2008) et trois élections fédérales (2004, 2006, 2008). Tout indique qu’une autre élection fédérale se prépare à Ottawa. Dans ce contexte, il n’est pas très surprenant de constater un ras-le-bol, voire un cynisme, de la part de plusieurs citoyens.

Pourtant, la fréquence des élections n’en amenuise pas pour autant leur importance. Par exemple, le 1er novembre prochain, les électeurs de plus de 1100 municipalités du Québec auront l’opportunité de se choisir un nouveau conseil municipal. Aussi importants puissent être les pouvoirs fédéraux et provinciaux, c’est au sein des municipalités que se prennent les décisions ayant les impacts les plus directs sur la vie des citoyens. Il n’y a qu’à penser à l’aménagement et l’urbanisme, au développement économique local, aux logements sociaux, aux transports en commun et aux divers services essentiels tels que l’assainissement des eaux usées ou la récupération des matières résiduelles. Malgré cela, en 2005, ce n’est que 45% de la population qui s’est prémunie de son droit de vote. N’est-il pas paradoxal de constater que c’est à l’échelle municipale que sont susceptibles d’éclore les projets les plus innovants et progressistes, mais qu’en même temps ces élections sont les plus ignorées avec les élections scolaires?

Pourquoi ce je-m’en-foutisme? Le problème est multifactoriel : les jeunes adultes votent très peu comparativement à leurs aînés; les compétences municipales sont méconnues; les médias ne couvrent possiblement pas suffisamment les campagnes municipales. Tout cela est vrai. Mais par-dessus tout, la politique municipale rappelle une ancienne manière de faire de la politique où les guerres d’egos et le patronage primaient sur les intérêts des citoyens et sur les visions à long terme. Il me semble urgent de revaloriser la politique municipale et de dépasser cette perception folklorique. Cependant, il faut convaincre les citoyens que la vieille manière de faire la politique est révolue. L’est-elle? Le déficit démocratique dont plusieurs municipalités du Québec souffrent semble parfois indiquer que non. Trois-Rivières est l’une de ces municipalités.

Par déficit démocratique, il faut entendre la faible participation électorale, mais surtout l’absence de relève et d’opposition organisée. Est-il normal que des conseillers municipaux puissent siéger à leur poste pendant 10, 15, 20 ans? Que peuvent-ils bien «conseiller» de novateur après toutes ces années? Une municipalité doit préparer sa relève politique, c’est-à-dire qu’elle doit encourager la présence de candidats d’horizons divers, notamment des jeunes et des femmes. Autrement, elle condamne ses citoyens à un cynisme tout à fait compréhensible.

Il est en effet inquiétant qu’une ville de la taille de Trois-Rivières (9e en importance au Québec) soit incapable de trouver d’éventuels candidats à la mairie. Le maire Yves Lévesque et son conseil municipal font-ils tant l’unanimité? Sont-ils sans reproche? Laissez-moi en douter. D’ailleurs, plusieurs indices laissent croire qu’il existe bel et bien une opposition (la Coalition verte, la dissidence au projet de Trois-Rivières sur St-Laurent, la création de Force 3R). Alors, pourquoi ne s’organise-t-elle donc pas davantage? J’aimerais croire qu’elle manque tout simplement d’adhérents ou de financement. Or, je suis interpellé et inquiet par l’absence presque totale de débats d’idées à un moment où de nombreuses rumeurs de patronage et d’abus de pouvoir jettent une ombre sur l’hôtel de ville. La résurgence d’une forme de duplessisme à Trois-Rivières serait inacceptable, particulièrement si elle freine l’élan d’éventuels candidats aux divers postes de maire ou de conseillers.

J’estime qu’une campagne électorale devrait constituer un moment privilégié par des citoyens pour sortir de l’ombre et proposer leur vision d’avenir. Il ne reste plus qu’à souhaiter qu’un riche débat d’idées émerge d’ici le 1er novembre.


Publié au Nouvelliste le 9 septembre 2009

mardi 7 octobre 2008

God Bless Obamerica

L’identité du prochain président des États-Unis sera connue le 4 novembre prochain. Après huit années de pouvoir républicain sous la gouverne de George W. Bush, le bilan est particulièrement désastreux et les défis du successeur à la présidence sont colossaux.

D’un point de vue économique, le surendettement a fait plonger le pays en pleine crise financière et aucun plan de redressement ne pourrait avoir un impact majeur à courte échéance. En politique étrangère, les États-Unis vivent présentement leur «deuxième Viêt-Nam» en Irak depuis le printemps 2003 et ils sont incapables de sortir dignement de ce bourbier. En politique intérieure, les écarts sociaux vont grandissant. Le filet de sécurité sociale est pratiquement nul, en santé notamment, et le système d’éducation élitiste favorise la reproduction de classes sociales très inégalitaires. Enfin, les taux de criminalité atteignent des sommets.

Il ne faudrait pas non plus passer sous silence le passé esclavagiste étasunien qui ressurgit lors de chaque crise identitaire. Le racisme et les écarts socioéconomiques entre Blancs et Noirs sont toujours présents, comme l’ont démontré les répercussions de l’ouragan Katrina à l’automne 2005. Il faut aussi noter les conditions de vie lamentables de milliers d’immigrants clandestins des États frontaliers du Mexique. Enfin, la répression est souvent privilégiée à la prévention comme en témoignent les taux alarmants d’emprisonnement chez les populations noires et latino-américaines.

Cette difficile conjoncture est celle qui attend le nouveau président des États-Unis en janvier prochain. Barack Obama est sans doute mieux placé que John McCain pour personnifier le changement par rapport à la présidence Bush. Il est clair que son parti véhicule des idées plus progressistes, pluralistes et ouvertes aux réalités de notre siècle; qu’on pense à la lutte à la pauvreté ou aux politiques voulant contrer le réchauffement planétaire. Mais malgré cela, une bonne partie de la campagne se joue sur un tout autre terrain : celui de la morale chrétienne.

Le mariage entre politique et religion prend une place imposante aux États-Unis depuis le 11 septembre 2001. Aux États-Unis, un bon président est davantage qu’un bon chef ou un bon guide; il est par-dessus tout un bon chrétien et un bon père de famille. D’où cette importance démesurée accordée aux pratiques religieuses et à la vie familiale de chacun des candidats. Présentement, Barack Obama cherche à tirer à son avantage ce voyeurisme médiatique en convainquant qu’il personnifie mieux que McCain les bonnes valeurs de l’Amérique. Il bâtit notamment sa campagne électorale sur la mémoire de Martin Luther King et Robert Kennedy; sur les valeurs d’espoir et de justice que ces derniers véhiculaient. En capitalisant sur cet héritage, Obama acquiert cependant un caractère presque surhumain qui viendra inévitablement lui jouer des tours. L’Amérique ne recherche pas qu’un président, elle recherche un sauveur!

Si Obama est élu en novembre, les attentes à son égard seront si énormes qu’il ne pourra que décevoir. Comment satisfaire les ambitions hégémoniques de la plus grande puissance militaire du monde quand celle-ci croule sous les dettes? Comment s’adapter aux poussées migratoires associées à la mondialisation quand un vent néoconservateur déferle sur le pays? Comment adopter des politiques de redistribution de la richesse dans un pays qui a le communisme en aversion? Comment convaincre les gens de consommer de manière plus responsable quand surconsommation est associée à prospérité?

Il faut demeurer lucide. Les États-Unis vivent une période de crise sans précédent. Aucun homme seul, aussi charismatique et compétent puisse-t-il être, ne pourrait sortir le pays de l’impasse. Le problème de l’Amérique est viscéral et touche les fondements mêmes de sa société : son mode de vie, sa consommation, sa perception de la réussite sociale. La vision d’un Barack Obama salvateur est certainement erronée. Elle n’est qu’une illusion habilement entretenue par les progressistes américains pour vaincre McCain. Prévoyons cependant un retour difficile à la réalité au lendemain des élections.

Publié au Nouvelliste le 9 octobre 2008

http://www.cyberpresse.ca/le-nouvelliste/opinions/200810/09/01-28109-god-bless-obamerica.php

Publié à La Presse le 14 octobre 2008

http://www.cyberpresse.ca/opinions/forums/200810/14/01-29179-god-bless-obamerica.php

samedi 20 septembre 2008

Un système électoral gravement malade!

Le 14 octobre prochain, les citoyens canadiens se déplaceront aux urnes pour une élection fédérale pour une troisième fois depuis 2004. À ce moment-ci de la campagne, rien ne laisse présager un scénario autre que la réélection du gouvernement conservateur de Stephen Harper. Minoritaire? Majoritaire? Les paris sont lancés.

Cette campagne s’annonce sans aucune surprise de taille, sans réel bouleversement. Pourquoi? Parce que derrière des apparences trompeuses d’ouverture aux courants d’idées minoritaires (en raison d’un pluralisme des idées apparent, durant les débats des chefs notamment), le système électoral canadien ne permet d’aucune manière l’accès au pouvoir à un tiers parti. Jack Layton peut bien scander haut et fort qu’il veut être «notre prochain premier ministre», ses espoirs réels sont beaucoup plus modestes qu’il n’y paraît. Comme à chacune des élections fédérales depuis 1867, la véritable course se fait à deux.

Dans le coin droit, le gouvernement sortant. Un gouvernement conservateur qui, en plus de demeurer complètement insensible aux enjeux culturels et environnementaux, se ferme au monde extra-américain en matière économique. Ses priorités témoignent d’une vision du siècle dernier : exploitation pétrolière, interventionnisme militaire, renforcement de la répression et de la sécurité.

Dans l’autre coin droit, le Parti libéral qui se donne des airs progressistes (facile à faire dans le contexte actuel). Dans une campagne reposant principalement sur l’image, le manque de charisme de Stéphane Dion s’avère préoccupant, voire problématique, pour le Parti libéral. Toutefois, la désorganisation de ce parti, depuis que Dion est en poste s’avère plus troublant encore. Ce dernier cache mal son manque de vision derrière son plan vert. La déconfiture de son parti au Québec (depuis le scandale des commandites) le fait très mal paraître. C’est sans compter qu’il peut difficilement cacher les ambitions de ses collègues (les Ignatieff, Rae et Coderre) qui le regardent s’engouffrer tels des charognards regardant agoniser leur prochain repas.

Pourquoi une autre option n’est-elle pas possible aux Canadiens? En raison du déficit démocratique inhérent au mode de scrutin actuel! Aucune proportionnalité n’étant admise dans le système, les Canadiens votant selon leurs convictions idéologiques profondes seront pénalisées : le vote de plus de la moitié des électeurs ne sera donc pas pris en considération. Le vote stratégique, pragmatique – utile disent certains – sera récompensé. Ainsi, un supporter du Bloc québécois dans Outremont voterait pour Thomas Mulcair du Nouveau parti démocratique (NPD) s’il veut être stratégique; et parallèlement, un supporter du NPD dans Trois-Rivières voterait pour Paule Brunelle du Bloc québécois. Tout cela dans le but de freiner les Conservateurs et de les restreindre à leur statut de minoritaire.

D’être conscient de cette lacune du mode de scrutin est une chose, mais quand des citoyens mettent en branle le troc de votes par Internet (voir le site Pair Vote ou Troc de votes sur Facebook), voilà le véritable signe que le système électoral est malade. Déresponsabilisation de l’État oblige, les citoyens en sont-ils rendus à devoir transformer eux-mêmes, da manière artisanale, le mode de scrutin? L’adaptation d’une forme de scrutin datant de 1867 à la réalité du XXIe siècle est-elle si compliquée à faire? La réponse est non! Ce n’est qu’une question de volonté politique, cette même volonté qui manque de manière aussi flagrante au Québec, où le mode de scrutin est identiquement déficitaire. N’est-il pas temps de s’éveiller et de comprendre pourquoi règne tout ce cynisme ambiant dans le monde politique? Voici peut-être un élément de réponse.

Publié au Nouvelliste le 23 septembre 2008
http://www.cyberpresse.ca/le-nouvelliste/tribune-des-lecteurs/200809/23/01-22787-un-systeme-electoral-tres-malade.php

mercredi 28 février 2007

Pourquoi voter? Voter pour quoi?

Une autre campagne électorale est en cours. Tout comme celle de 2003, les mêmes thèmes refont surface : santé, éducation, baisses d’impôt, paiement de la dette, environnement, etc. Les partisans campent leurs positions respectives sur le programme de leur parti. Ils le font d’une manière dogmatique, comme si l’élection de leurs représentants allait modifier le cours de l’histoire du Québec. Simple idéalisation partisane ou exagération de la réalité?
En fait, ces partisans n’ont pas toujours tort de penser que l’élection d’un nouveau parti peut représenter un renouveau idéologique pour une société. Deux exemples : les élections du PLQ et de «l’équipe du tonnerre» de Jean Lesage en 1960 et du PQ de René Lévesque en 1976 qui ont toutes deux accéléré la modernisation du Québec.

Pourtant, chaque fois qu’une campagne électorale s’entame – qu’elle soit fédérale ou provinciale – les mêmes discours désillusionnés et cyniques refont surface. «Blanc bonnet, bonnet blanc» disent certains. D’autres arguent que les vrais partis susceptibles de modifier le cours des choses sont, et restent toujours, dans l’opposition. Mais à force de répéter haut et fort que nous vivons en démocratie, nous en venons à oublier que la démocratie est un projet perpétuellement inachevée. Certains (et je suis de ceux-là) diraient même qu’il s’agit d’une utopie dont on s’éloigne plutôt qu’on ne s’approche depuis quelques années. Et les discours cyniques ne peuvent qu’aggraver les choses.

Parmi les raisons qui nous font croire que la politique n’est plus qu’au service de l’Ordre marchand, il y a les travers des systèmes bipartites comme aux États-Unis, le poids de plus en plus important des lobbies et groupes de pression dans la prise de décisions de nos gouvernants ainsi que l’ouverture des marchés à la globalisation entraînant des pertes d’emplois et une baisse des conditions de travail. Lentement mais sûrement, l’idéologie néolibérale élimine, privatise et sous-traite dans un objectif d’efficience, de profit et de croissance. C’est «l’éloge de la richesse» et les gouvernements autant que les mouvements sociaux ne peuvent rien y changer. C’est, du moins, la vision pessimiste.

Pourtant, depuis cinq ou dix années, l’environnement est passé d’un sujet d’écolos et d’intellos à une préoccupation populaire. «L’ex-futur» président des États-Unis Al Gore mène une énorme campagne de sensibilisation pour contrer le réchauffement climatique. Des États et des municipalités américains ont pris des mesures radicales pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Au Canada, le gouvernement minoritaire de Stephen Harper s’est vu dans l’obligation de «verdir» son programme devant les revendications des partis d’opposition et des mouvements sociaux. Stéphane Dion a même réussi l’exploit de devenir chef du Parti libéral du Canada en cachant son manque de charisme (et de leadership diraient les conservateurs) derrière ses pancartes vertes. Chez les jeunes Québécois, l’environnement est devenu un sujet aussi important que l’éducation ou la santé. En ce sens, tous les partis doivent adapter leurs plate-formes électorales aux besoins de la population. Et ils le font!

Pourquoi aller voter si les partis politiques ont si peu de pouvoirs réels? Pour empêcher qu’on ne s’éveille un jour en se rendant compte que la démocratie est devenue qu’une supercherie, qu’une manipulation sémantique de l’esprit. La démocratie, ce n’est pas de léguer toutes nos responsabilités entre les mains de quelques élus. Les citoyens ont des droits, mais ils ont aussi des responsabilités comme celle de s’informer au-delà des quelques clips publicitaires et des reportages de 30 secondes de nos téléjournaux. Irez-vous consulter les programmes des cinq partis provinciaux sur Internet? Connaîtrez-vous les conséquences de votre choix le 26 mars prochain?

Albert Einstein disait que «le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent agir et refusent d’intervenir». Le simple fait de voter est bien insuffisant me direz-vous, mais c’est tout de même le premier geste symbolique de l’engagement citoyen.