Ce blogue a pour objectif de présenter des textes d'opinion ou divers travaux en sciences sociales que je produis.
lundi 17 octobre 2011
L'Amérique occupée
mercredi 28 octobre 2009
2009 : Naissance de l'homo vulnerabilis
Deux grands sujets ont touché l’actualité mondiale en 2009. Premier sujet : la crise économique qui s’est poursuivie, obligeant une remise en question – encore bien timide – du système capitaliste. Pour l’instant, le vent de fraîcheur amené par la prise de pouvoir de Barack Obama aux États-Unis (janvier 2009) pourrait présager une sortie rapide de crise, sans bouleversements majeurs. Or, ces derniers mois, l’inaction avérée des gouvernements pour réglementer le capitalisme financier consacre plutôt l’enfoncement dans une crise plus longue et complexe que prévu.
Deuxième sujet : la grippe A (H1N1) qui s’est transformée en pandémie. Tous les gouvernements de la planète (particulièrement ceux du monde développé) s’en préoccupent. Quelles mesures préventives peut-on prendre? Comment préparer la population à une éventuelle propagation du virus? Doit-on généraliser la vaccination? Quelles que soient les réponses à ces questions, une paranoïa s’étend actuellement au monde entier, au grand bénéfice de riches compagnies pharmaceutiques (GlaxoSmithKline, Novartis, Baxter).
Si ces deux crises sont encore limitées, elles ont, à tout le moins, un impact monstre dans l’imaginaire de la population. En effet, en période de crise, les êtres humains ont tendance à faire preuve d’humilité plutôt que de se percevoir comme «tout-puissants». Et cette période que nous vivons pourrait bien consacrer la fin de l’anthropocentrisme.
L’anthropocentrisme est ce dogme qui place l’être humain au centre de l’univers. Ce dernier possèderait donc toute légitimité d’agir en hégémon, c’est-à-dire de contrôler, modifier ou adapter son environnement à sa guise. Non seulement une telle vision est périmée aujourd’hui, mais elle est devenue dangereuse pour la survie même de l’espèce humaine. Les avancées des sciences et des technosciences ne peuvent tout solutionner, des crises écologiques aux crises sociales. L’actualité nous en convainc. Ainsi, en adoptant une vision critique d’elle-même (par un décentrement), l’humanité doit maintenant réaliser sa vulnérabilité. En 2009, l’homo sapiens devient homo vulnerabilis. Et la vulnérabilité appelle la responsabilité.
Une humanité responsable serait tout aussi préoccupée par la pandémie de grippe (encore bénigne) que par la pandémie de sida (fort maligne). Elle serait conscientisée à des problèmes aussi divers que le réchauffement de la planète, l’accès à l’eau ou encore le sort des réfugiés politiques. Économiquement, elle réaliserait les aberrations d’une nouvelle forme de capitalisme qui, depuis quelques décennies, rappelle le capitalisme sauvage du XIXe siècle en exploitant et détruisant sans vergogne. Chaque individu devrait aussi jouer personnellement un rôle majeur. Par ses choix personnels de citoyen et de consommateur, il devrait participer à amenuiser cette surexploitation des ressources de la planète.
Si les événements de 2009 incitent l’humanité à prendre conscience de sa vulnérabilité, c’est qu’ils sont les prémisses de crises potentiellement beaucoup plus importantes. Pour les éviter, après le temps de la conscientisation, faisons maintenant place à l’action.
Publié au Devoir le 29 octobre 2009
jeudi 13 décembre 2007
L'imagination au pouvoir
Publié au Nouvelliste le 4 janvier 2008
http://www.cyberpresse.ca/article/20080104/CPOPINIONS/801040644/5285/CPOPINIONS
Les banques sont les églises de notre temps. Les criminels financiers (Kenneth Lay, Jeffrey Skilling, Conrad Black, Vincent Lacroix) sont les bandits les plus redoutés de par le monde. La récession est presque aussi crainte que l’apocalypse. Peut-être faudrait-il se demander si l’obsession de l’argent et du profit n’est pas devenue trop omniprésente. J’entends d’ici les économistes libéraux me répondre qu’il faut justement être compétitif et productif; qu’il s’agit du seul moyen de suivre le rythme imposé par la mondialisation. C’est vrai…Mais faut-il à tout prix suivre ce rythme effréné? Quelles sont les autres alternatives?
Lors de la chute du bloc de l’Est au début des années quatre-vingt-dix, une discréditation générale des systèmes non capitalistes s’est imposée. Le bilan des atrocités commises par les systèmes dits socialistes ou communistes était désastreux, de Mao à Ceausescu, en passant par Pol Pot et Staline. Résultat : le communisme tel que pratiqué au siècle dernier est un échec sur toute la ligne. Est-ce à dire que le développement de la globalisation néolibérale démontre la supériorité du capitalisme sur tout autre système? Ce sont les conclusions – quelque peu hâtives – que de nombreux économistes tirent encore aujourd’hui.
Le drame de la chute du bloc de l’Est, ce n’est pas la perte du système communiste en tant que tel. Ce dernier n’avait jamais trouvé les moyens de véritablement éclore en trois quart de siècle. Au nom d’une utopie, il avait gardé serviles des centaines de millions d’êtres humains. Peu d’entre eux voudraient revenir en arrière aujourd’hui. Non, le véritable drame, c’est que par sa chute, le communisme laissait la voie libre à une seule doctrine économique. D’une manière anarchique, le libéralisme économique s’est alors propagé dans toutes les sphères de l’activité humaine, et ce au nom de la mondialisation des marchés. Il s’agit d’un retour à un capitalisme sauvage, à un anarcho-capitalisme pourrait-on dire. Rien ne nous empêche de chercher des solutions aux problèmes de notre temps. Certes. À condition de ne pas remettre le «génie» du capitalisme néolibéral en cause. C’est de cette manière, par exemple, que prend naissance le développement durable, un concept fourre-tout aussi indéfinissable qu’impraticable.
Dans le monde contemporain, force est de constater que le capitalisme néolibéral s’adapte très bien à notre société technicienne. À un point tel qu’il est presque devenu absurde de le questionner ou de vouloir faire les choses autrement. L’humanité fait pourtant preuve, encore une fois, d’une amnésie pathétique en oubliant la crise économique des années 1930. Cette dernière n’avait-elle pas démontré l’inertie et les limites du capitalisme sauvage?
Considérant les défis qui se posent à nous au XXIe siècle (SIDA, réchauffement climatique, problèmes démographiques) et considérant le fait que la croissance exigée par le capitalisme envenime inévitablement ces problèmes, il est encore plus absurde de ne pas réfléchir à une alternative. Pourquoi attendre une crise sociale, économique ou environnementale avant de combattre l’insouciance et l’amoralité de l’anarcho-capitalisme?
Un des slogans des manifestations de mai 68 était «l’imagination au pouvoir». Il appelait à la créativité, à l’ouverture et à l’invention. Plus que jamais, ce slogan demeure d’actualité. Plus que jamais, États, sociétés civiles et peuples doivent user de toute leur créativité pour remettre l’humain et son environnement (c’est là une toute nouvelle donne) au cœur des priorités du système économique.

