Ce blogue a pour objectif de présenter des textes d'opinion ou divers travaux en sciences sociales que je produis.
lundi 23 janvier 2012
Réinventer la démocratie
vendredi 2 septembre 2011
Les dirigeants marionnettes
mardi 30 août 2011
La séduisante nouveauté
samedi 14 mai 2011
Les gazouillis du printemps arabe
mardi 16 mars 2010
Le mirage du cyberengagement
Depuis la fin des années 1990, l’humanité est définitivement devenue cyberdépendante. Quelle entreprise novatrice pourrait se permettre d’être absente du Web en 2010? Quel milieu de travail pourrait se passer des communications par courriels? C’est sans parler de l’importance des réseaux sociaux virtuels, blogues, webtélés, moteurs de recherche ou forums de discussion.
Qu’en est-il de l’engagement citoyen dans un tel contexte? Internet favorise le réseautage et le partage d’informations. Il permet aisément le recrutement de nouveaux membres à des activités ou causes particulières. Il aide à lier des militants potentiels aux lieux d’engagement correspondant à leurs intérêts et besoins. Il rapproche, parfois dangereusement, mais souvent de manière féconde, culture savante et culture populaire. Internet est donc devenu un outil indispensable pour les partis politiques, les groupes communautaires et les associations de toutes sortes.
En revanche, Internet n’est pas garant d’un engagement et d’une responsabilisation accrus des citoyens. L’adhérent peut se conforter dans son cyberengagement, sans pour autant lier sa vie virtuelle à sa vie réelle. Aussi utile puisse-t-il être, le Web 2.0 (1) permet à quiconque de se donner rapidement bonne conscience, par la signature de pétitions ou l’appui exhibé à des causes nobles et justes. Mais tel un mirage, la pertinence de l’engagement disparaît à la première réactualisation de sa page Facebook.
L’engagement citoyen exige du temps, de l’énergie et du plaisir. Or, l’humanité vit aujourd’hui à l’ère de la «wikiculture» (2). Plus que jamais, l’acquisition de savoirs est associée à un processus dont il faut accélérer la marche. On ingère les informations et les expériences au rythme et à la manière dont on surconsomme les objets matériels : de façon boulimique et stoïque. Le danger est alors que le moi virtuel s’impose jusqu’à écraser une vie réelle en perte de sens.
Ainsi, en dépit des avantages indéniables de la révolution Internet, l’engagement citoyen doit toujours passer par une mobilisation physique, sociale, réelle. Le cyberengagement peut représenter un moyen remarquable de conscientisation et de sensibilisation. Mais il doit demeurer ce qu’il est foncièrement, c’est-à-dire un moyen (de communication efficace) et non une fin. Encore aujourd’hui, c’est par un engagement citoyen concret (politique, communautaire, étudiant ou autre) qu’il est possible d’avoir un impact direct sur sa société, peu importe la cause défendue.
(1) Le Web 2.0 désigne cette nouvelle tendance (depuis 2003-2004) à ce que les sites Internet soient plus interactifs (réseaux sociaux, blogues, Wiki, protocole RSS).
(2) Wiki signifie «rapide» à Hawaï. C’est du moins l’information trouvée «rapidement» et sans contre-vérification grâce au site Wikipédia.
Texte publié au Devoir le 19 mars 2010 et à La Presse le 20 mars 2010.
mercredi 25 novembre 2009
Le Nobel de la paix en guerre
Le comité Nobel a justifié le choix d’Obama par le retour à une diplomatie multilatérale ainsi que par ses efforts pour un monde sans armes nucléaires. Si le simple fait de rompre avec l’attitude conservatrice de l’administration Bush mérite un Nobel, cela en dit long sur la politique étrangère des 8 années de règne républicain (2001-2009).
Effectivement, de nombreux indices dénotent un réchauffement des relations internationales par rapport à ce qu’elles étaient. Il n’y a qu’à penser au discours au monde arabe qu’Obama prononçait au Caire en juin dernier. Le climat est plus propice à la diplomatie. Soit. Cependant, depuis le début du mandat d’Obama en janvier 2009, des dossiers tardent à se régler. Le 18 novembre, sur les ondes de la NBC, le président reconnaissait que la prison de Guantanamo ne pourrait être fermée, tel que prévu, pour janvier 2010. Rappelons qu’il s’agissait pourtant d’un dossier-clé de sa campagne présidentielle en 2008. Quant à la question épineuse des changements climatiques, il faudrait des miracles pour que le sommet de Copenhague prévu en décembre propose des avancées significatives par rapport aux objectifs de Kyoto. Évidemment, les États-Unis ne sont pas responsables du manque de volonté de certains États voyous (dont le Canada), mais, par le poids immense dont ils disposent sur l’échiquier international, ils possèdent un devoir de persuasion.
Qu’en est-il des intentions militaires de ce nouveau Nobel de la paix? Il faut se réjouir de l’annonce du retrait des troupes d’Irak d’ici la fin 2011 (décision entérinée le 15 novembre par le gouvernement irakien). Toutefois, cette décision cache une intention d’intervenir plus massivement en Afghanistan. Obama déclarait récemment la nécessité de déployer des militaires supplémentaires (30,000) en sol afghan «to finish the job». Avant de «terminer le travail», ne faudrait-il pas d’abord définir clairement les objectifs de cette mission qui s’enlise dans un véritable bourbier? Le chaos des élections afghanes d’août dernier montre clairement un pays en proie à la désorganisation et à la corruption. La situation est-elle pire qu’avant l’amorce de l’occupation du pays en 2001? Difficile à dire, mais elle n’est sans doute pas meilleure, ni d’un point de vue de la sécurité, ni sur le plan de la condition des femmes.
En choisissant son récipiendaire du Nobel de la paix 2009, le comité Nobel a posé un geste politique. Les incidences symboliques allant de pair avec ce prix sont immenses. Barack Obama doit dorénavant concilier ses rôles antinomiques de commandant en chef des armées de son pays et de prix Nobel de la paix. Non seulement des responsabilités immenses lui sont incombées à un moment charnière de l’Histoire humaine, mais le vent d’espoir (Hope) qui l’a propulsé au pouvoir a fait de lui ce surhomme ou ce super-héros que l’Histoire ne manquera pas de juger sévèrement. Il lui est alors impératif de rompre avec cette tradition belliqueuse que ses prédécesseurs lui ont léguée. Toute sa crédibilité en dépend.
mercredi 28 octobre 2009
2009 : Naissance de l'homo vulnerabilis
Deux grands sujets ont touché l’actualité mondiale en 2009. Premier sujet : la crise économique qui s’est poursuivie, obligeant une remise en question – encore bien timide – du système capitaliste. Pour l’instant, le vent de fraîcheur amené par la prise de pouvoir de Barack Obama aux États-Unis (janvier 2009) pourrait présager une sortie rapide de crise, sans bouleversements majeurs. Or, ces derniers mois, l’inaction avérée des gouvernements pour réglementer le capitalisme financier consacre plutôt l’enfoncement dans une crise plus longue et complexe que prévu.
Deuxième sujet : la grippe A (H1N1) qui s’est transformée en pandémie. Tous les gouvernements de la planète (particulièrement ceux du monde développé) s’en préoccupent. Quelles mesures préventives peut-on prendre? Comment préparer la population à une éventuelle propagation du virus? Doit-on généraliser la vaccination? Quelles que soient les réponses à ces questions, une paranoïa s’étend actuellement au monde entier, au grand bénéfice de riches compagnies pharmaceutiques (GlaxoSmithKline, Novartis, Baxter).
Si ces deux crises sont encore limitées, elles ont, à tout le moins, un impact monstre dans l’imaginaire de la population. En effet, en période de crise, les êtres humains ont tendance à faire preuve d’humilité plutôt que de se percevoir comme «tout-puissants». Et cette période que nous vivons pourrait bien consacrer la fin de l’anthropocentrisme.
L’anthropocentrisme est ce dogme qui place l’être humain au centre de l’univers. Ce dernier possèderait donc toute légitimité d’agir en hégémon, c’est-à-dire de contrôler, modifier ou adapter son environnement à sa guise. Non seulement une telle vision est périmée aujourd’hui, mais elle est devenue dangereuse pour la survie même de l’espèce humaine. Les avancées des sciences et des technosciences ne peuvent tout solutionner, des crises écologiques aux crises sociales. L’actualité nous en convainc. Ainsi, en adoptant une vision critique d’elle-même (par un décentrement), l’humanité doit maintenant réaliser sa vulnérabilité. En 2009, l’homo sapiens devient homo vulnerabilis. Et la vulnérabilité appelle la responsabilité.
Une humanité responsable serait tout aussi préoccupée par la pandémie de grippe (encore bénigne) que par la pandémie de sida (fort maligne). Elle serait conscientisée à des problèmes aussi divers que le réchauffement de la planète, l’accès à l’eau ou encore le sort des réfugiés politiques. Économiquement, elle réaliserait les aberrations d’une nouvelle forme de capitalisme qui, depuis quelques décennies, rappelle le capitalisme sauvage du XIXe siècle en exploitant et détruisant sans vergogne. Chaque individu devrait aussi jouer personnellement un rôle majeur. Par ses choix personnels de citoyen et de consommateur, il devrait participer à amenuiser cette surexploitation des ressources de la planète.
Si les événements de 2009 incitent l’humanité à prendre conscience de sa vulnérabilité, c’est qu’ils sont les prémisses de crises potentiellement beaucoup plus importantes. Pour les éviter, après le temps de la conscientisation, faisons maintenant place à l’action.
Publié au Devoir le 29 octobre 2009
mardi 7 octobre 2008
God Bless Obamerica
L’identité du prochain président des États-Unis sera connue le 4 novembre prochain. Après huit années de pouvoir républicain sous la gouverne de George W. Bush, le bilan est particulièrement désastreux et les défis du successeur à la présidence sont colossaux.
D’un point de vue économique, le surendettement a fait plonger le pays en pleine crise financière et aucun plan de redressement ne pourrait avoir un impact majeur à courte échéance. En politique étrangère, les États-Unis vivent présentement leur «deuxième Viêt-Nam» en Irak depuis le printemps 2003 et ils sont incapables de sortir dignement de ce bourbier. En politique intérieure, les écarts sociaux vont grandissant. Le filet de sécurité sociale est pratiquement nul, en santé notamment, et le système d’éducation élitiste favorise la reproduction de classes sociales très inégalitaires. Enfin, les taux de criminalité atteignent des sommets.
Il ne faudrait pas non plus passer sous silence le passé esclavagiste étasunien qui ressurgit lors de chaque crise identitaire. Le racisme et les écarts socioéconomiques entre Blancs et Noirs sont toujours présents, comme l’ont démontré les répercussions de l’ouragan Katrina à l’automne 2005. Il faut aussi noter les conditions de vie lamentables de milliers d’immigrants clandestins des États frontaliers du Mexique. Enfin, la répression est souvent privilégiée à la prévention comme en témoignent les taux alarmants d’emprisonnement chez les populations noires et latino-américaines.
Cette difficile conjoncture est celle qui attend le nouveau président des États-Unis en janvier prochain. Barack Obama est sans doute mieux placé que John McCain pour personnifier le changement par rapport à la présidence Bush. Il est clair que son parti véhicule des idées plus progressistes, pluralistes et ouvertes aux réalités de notre siècle; qu’on pense à la lutte à la pauvreté ou aux politiques voulant contrer le réchauffement planétaire. Mais malgré cela, une bonne partie de la campagne se joue sur un tout autre terrain : celui de la morale chrétienne.
Le mariage entre politique et religion prend une place imposante aux États-Unis depuis le 11 septembre 2001. Aux États-Unis, un bon président est davantage qu’un bon chef ou un bon guide; il est par-dessus tout un bon chrétien et un bon père de famille. D’où cette importance démesurée accordée aux pratiques religieuses et à la vie familiale de chacun des candidats. Présentement, Barack Obama cherche à tirer à son avantage ce voyeurisme médiatique en convainquant qu’il personnifie mieux que McCain les bonnes valeurs de l’Amérique. Il bâtit notamment sa campagne électorale sur la mémoire de Martin Luther King et Robert Kennedy; sur les valeurs d’espoir et de justice que ces derniers véhiculaient. En capitalisant sur cet héritage, Obama acquiert cependant un caractère presque surhumain qui viendra inévitablement lui jouer des tours. L’Amérique ne recherche pas qu’un président, elle recherche un sauveur!
Si Obama est élu en novembre, les attentes à son égard seront si énormes qu’il ne pourra que décevoir. Comment satisfaire les ambitions hégémoniques de la plus grande puissance militaire du monde quand celle-ci croule sous les dettes? Comment s’adapter aux poussées migratoires associées à la mondialisation quand un vent néoconservateur déferle sur le pays? Comment adopter des politiques de redistribution de la richesse dans un pays qui a le communisme en aversion? Comment convaincre les gens de consommer de manière plus responsable quand surconsommation est associée à prospérité?
Il faut demeurer lucide. Les États-Unis vivent une période de crise sans précédent. Aucun homme seul, aussi charismatique et compétent puisse-t-il être, ne pourrait sortir le pays de l’impasse. Le problème de l’Amérique est viscéral et touche les fondements mêmes de sa société : son mode de vie, sa consommation, sa perception de la réussite sociale. La vision d’un Barack Obama salvateur est certainement erronée. Elle n’est qu’une illusion habilement entretenue par les progressistes américains pour vaincre McCain. Prévoyons cependant un retour difficile à la réalité au lendemain des élections.
Publié au Nouvelliste le 9 octobre 2008
http://www.cyberpresse.ca/le-nouvelliste/opinions/200810/09/01-28109-god-bless-obamerica.php
Publié à La Presse le 14 octobre 2008
http://www.cyberpresse.ca/opinions/forums/200810/14/01-29179-god-bless-obamerica.php




