Ce blogue a pour objectif de présenter des textes d'opinion ou divers travaux en sciences sociales que je produis.
mercredi 15 avril 2009
Une guerre juste?
Utilisant la publicité de manière magistrale (à la télévision, mais aussi dans les écoles), notre propre gouvernement vend présentement cette guerre à des jeunes hommes et femmes en quête d’adrénaline. Joignez les Forces pour vous dépasser! Joignez les Forces pour apprendre un métier (ce qui n’est pas négligeable en temps de récession)! Joignez les Forces pour servir une cause juste!
Au fait, qu’est-ce qu’une guerre juste? Une guerre n’est-elle pas juste qu’aux yeux de l’envahisseur ou du vainqueur? N’est-elle pas juste qu’a posteriori, c’est-à-dire une fois l’Histoire écrite? Certains répondront que les plages ensanglantées de Normandie en 1944 évoquaient le symbole suprême de la guerre juste. Soit. Mais il ne faudrait pas se cacher éternellement derrière l’argumentaire d’un autre siècle pour justifier les missions militaires contemporaines. Les défis et les menaces internationaux sont aujourd’hui d’un tout autre ordre. Face à la possibilité de son extinction d’ici la fin du siècle, l’humanité doit définir une nouvelle forme de vivre-ensemble. Elle doit privilégier le tissage de liens de solidarité qui passent par la société civile (organisations non gouvernementales notamment), et non par l’imposition de présences militaires là où elles ne sont visiblement pas désirées.
Il ne faut pas confondre «guerre juste» et «guerre justifiée». Les gouvernements étasunien et canadien justifient leur présence militaire en Afghanistan par les valeurs démocratiques et libérales qu’ils disent y importer. Selon cette rhétorique, des soldats canadiens perdraient leur vie au Moyen-Orient pour stabiliser la région, pour améliorer le statut des femmes afghanes, pour «aider» l’Afghanistan à s’organiser politiquement. Face à eux, se trouverait une population rétrograde et résistante, portant les germes du terrorisme islamiste. À en croire un tel discours, les soldats canadiens se trouveraient au centre d’une véritable mission civilisatrice.
Cette altération de la réalité est non seulement absurde, mais totalement malhonnête. Un gouvernement ne risque pas la vie de ses citoyens uniquement pour des valeurs et des principes, aussi nobles soient-ils. Il se bat d’abord et avant tout pour des raisons géopolitiques : l’accès et le contrôle de ressources, l’ouverture de nouveaux marchés, le renforcement de sa position sur l’échiquier politique mondial, l’augmentation de son influence sur d’autres gouvernements ou d’autres populations. Cela n’a rien à voir avec le statut de la femme ou la mise sur pied d’un système démocratique.
À cet effet, ces dernières semaines, les médias canadiens parlaient d’un immense recul de la condition féminine au sein des communautés chiites afghanes avec la promulgation d’un code de la famille sexiste, voire misogyne. Il s’agit d’une preuve flagrante que la justification de la présence canadienne en Afghanistan ne tient plus la route. À ce stade, de deux choses l’une : ou bien les Canadiens expliquent autrement leur présence en Afghanistan, ou bien ils quittent.
Cette mission canadienne va non seulement à l’encontre de toute élaboration d’un projet solidaire entre le Canada et un pays «en voie» de développement, mais elle participe à l’exacerbation des tensions entre l’Occident et le monde musulman. Elle prend des allures de projet néocolonialiste auquel il est urgent de s’opposer.
Publié à La Presse le 17 avril 2009
Publié au Nouvelliste le 18 avril 2009
dimanche 9 mars 2008
Quand militarisme et éducation s'entremêlent
(Texte écrit à la suite de parution de publicités de l'armée canadienne dans un journal de mon Collège)
Dans la seconde moitié du XXe siècle, le Canada était perçu comme un pays pacifique et un pays neutre. Les missions de ses militaires étaient réservées exclusivement à des fins pacifiques. Vivons-nous une modification de la situation depuis que les militaires canadiens sont en Afghanistan? Se pourrait-il qu’au-delà des grands idéaux clamés par notre gouvernement conservateur, ce soit des motivations stratégiques économico-géopolitiques qui poussent une partie des États occidentaux à aller s’investir (et investir surtout des vies humaines) en Afghanistan? Ces questions doivent demeurer au cœur de l’actualité. Elles doivent être débattues dans les médias ainsi que dans tous les milieux éducatifs visant à former les citoyens de demain.
Oui! L’école est un lieu pour discuter, débattre, argumenter. Ce n’est pas un lieu pour recruter. Aussi militariste puisse être notre gouvernement, il est tout à fait inacceptable que l’armée canadienne vienne faire sa propagande dans nos écoles (collèges et universités). L’armée a ses collèges militaires. Si elle veut faire la promotion de ses programmes, c’est une chose. Mais vendre l’armée, vendre l’enrôlement, vendre la guerre, c’est à mes yeux criminel.
Le Collège Laflèche, en tant qu’institution qui forme des citoyens, en tant qu’institution socialement responsable, devrait refuser que l’armée canadienne vienne faire sa propagande dans son établissement (sous forme de publicité insidieuse entre autres). Il est du devoir de cette institution d’informer des enjeux de cette guerre. Mais refusons-nous à nous laisser réduire à cette logique marchande qui fait de l’étudiant lui-même un potentiel marchand… dans ce cas, une potentielle chair à canon.
dimanche 16 septembre 2007
Six ans de guerre au terrorisme
Il y a quelques jours à peine était souligné le sixième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001. De ces attaques du World Trade Center et du Pentagone, vous pouvez retenir le nombre de morts ou encore le caractère spectaculaire. Toutefois, d’une perspective historique, nine eleven représente beaucoup plus qu’un spectacle morbide. Il est un fait de civilisation, c’est-à-dire un tournant historique annonçant de sévères bouleversements idéologiques.
En effet, aujourd’hui, en raison du traumatisme causé d’une part par la médiatisation abusive de l’événement (surinformation et désinformation) et d’autre part par les politiques xénophobes des républicains au pouvoir aux États-Unis, la façon de concevoir la différence – de s’en méfier – s’est trouvée complètement transformée. Autrement dit, en Occident, c’est tout le rapport à l’autre qui est devenu symptomatique de ces quelques heures de tourmente (dans les questions d’immigration, de multiculturalisme, de relations internationales ou simplement dans les questions de sécurité).
Sur la scène internationale, on le sait, deux importantes guerres ont été déclenchées par nos voisins du sud selon ces principes ethnocentriques. Au lendemain du 11 septembre, les tenants de l’idéologie néo-conservatrice ont mis sur pied la fameuse Global War on Terror (GWOT). Selon cette approche géopolitique, le meilleur moyen de lutter contre le terrorisme islamiste est de se lancer à son assaut. Comment? À l’aide de guerres dites préventives. C’est ainsi qu’ont eu lieu les épisodes afghan d’octobre 2001 et irakien de mars 2003. Épisodes toujours en cours, dois-je le préciser.
Officiellement, au départ, la guerre en Afghanistan avait pour missions de chasser les talibans du pouvoir et de capturer le chef d’Al-Qaïda Oussama Ben Laden. Et Pourtant! Aujourd’hui, les talibans continuent d’exercer un puissant contrôle – sinon politique, à tout le moins idéologique – au sud de l’Afghanistan (parlez-en à nos soldats canadiens sur place). Le barbu le plus célèbre du monde, quant à lui, semble aussi bien caché que le monstre du Loch Ness.
Pour nous, Canadiens, l’Afghanistan était l’occasion de participer à un effort de «démocratisation». Soyons lucides quelques instants! C’est le mouvement anti-guerre du début de l’année 2003 qui a poussé le gouvernement Chrétien de l’époque à refuser de s’investir en Irak. À ce moment, suivre les États-Unis dans leur action unilatérale aurait symbolisé rien de moins qu’un suicide politique pour bon nombre de gouvernements à travers le monde, dont le gouvernement libéral canadien. Victoire du mouvement pacifiste me direz-vous? Partielle seulement. Par ricochet, c’est ce même refus canadien de s’impliquer en Irak qui a mené nos soldats à jouer un rôle aussi stratégique en Afghanistan. D’où leur présence dans la région de Kandahar, soit la zone de loin la plus dangereuse du pays.
Six ans après le 11 septembre 2001, il ne fait aucun doute que la lutte mondiale au terrorisme s’avère être un échec sur toute la ligne! Les politiques militaristes des États-Unis et de leurs alliés n’ont mené à rien de moins qu’une exacerbation des tensions interethniques à travers le monde entier. La démocratie dans tout ça? Elle progresse, me direz-vous. En réalité, je ne connais aucun pays d’où la démocratie a germé des suites d’une invasion étrangère.
Aussi dévoués puissent être nos soldats canadiens, leur mission est vouée à un échec tant et aussi longtemps que la présumée «stabilisation» du pays sera priorisée au détriment du développement d’infrastructures scolaires ou communautaires. La coopération internationale présuppose que l’action étrangère ne vient qu’en appui aux initiatives locales. Ainsi, quitte à délaisser temporairement les régions trop hostiles, il est nécessaire de revoir l’entièreté des objectifs de notre présence au Moyen-Orient. La mission canadienne est vouée à un échec tant et aussi longtemps que les Afghans percevront nos soldats comme des envahisseurs.
Publié au Nouvelliste le 18 septembre 2007 sous le titre Un échec sur toute la ligne.
