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Professeur de sociologie et d'histoire.
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mercredi 15 avril 2009

Une guerre juste?

Le 13 avril dernier, la jeune soldate Karine Blais perdait la vie au nord de Kandahar. Il s’agissait du 117e militaire canadien à mourir depuis le début de la mission en Afghanistan. Rappelons que le gouvernement Harper a l’intention d’y laisser des troupes au moins jusqu’à 2011, c’est-à-dire après 10 années de présence canadienne. Accepterons-nous encore longtemps que des militaires canadiens risquent leur vie dans une des régions les plus dangereuses du monde? Le Canada n’est pas en mission de maintien de la paix en Afghanistan. Il est en guerre!

Utilisant la publicité de manière magistrale (à la télévision, mais aussi dans les écoles), notre propre gouvernement vend présentement cette guerre à des jeunes hommes et femmes en quête d’adrénaline. Joignez les Forces pour vous dépasser! Joignez les Forces pour apprendre un métier (ce qui n’est pas négligeable en temps de récession)! Joignez les Forces pour servir une cause juste!

Au fait, qu’est-ce qu’une guerre juste? Une guerre n’est-elle pas juste qu’aux yeux de l’envahisseur ou du vainqueur? N’est-elle pas juste qu’a posteriori, c’est-à-dire une fois l’Histoire écrite? Certains répondront que les plages ensanglantées de Normandie en 1944 évoquaient le symbole suprême de la guerre juste. Soit. Mais il ne faudrait pas se cacher éternellement derrière l’argumentaire d’un autre siècle pour justifier les missions militaires contemporaines. Les défis et les menaces internationaux sont aujourd’hui d’un tout autre ordre. Face à la possibilité de son extinction d’ici la fin du siècle, l’humanité doit définir une nouvelle forme de vivre-ensemble. Elle doit privilégier le tissage de liens de solidarité qui passent par la société civile (organisations non gouvernementales notamment), et non par l’imposition de présences militaires là où elles ne sont visiblement pas désirées.

Il ne faut pas confondre «guerre juste» et «guerre justifiée». Les gouvernements étasunien et canadien justifient leur présence militaire en Afghanistan par les valeurs démocratiques et libérales qu’ils disent y importer. Selon cette rhétorique, des soldats canadiens perdraient leur vie au Moyen-Orient pour stabiliser la région, pour améliorer le statut des femmes afghanes, pour «aider» l’Afghanistan à s’organiser politiquement. Face à eux, se trouverait une population rétrograde et résistante, portant les germes du terrorisme islamiste. À en croire un tel discours, les soldats canadiens se trouveraient au centre d’une véritable mission civilisatrice.

Cette altération de la réalité est non seulement absurde, mais totalement malhonnête. Un gouvernement ne risque pas la vie de ses citoyens uniquement pour des valeurs et des principes, aussi nobles soient-ils. Il se bat d’abord et avant tout pour des raisons géopolitiques : l’accès et le contrôle de ressources, l’ouverture de nouveaux marchés, le renforcement de sa position sur l’échiquier politique mondial, l’augmentation de son influence sur d’autres gouvernements ou d’autres populations. Cela n’a rien à voir avec le statut de la femme ou la mise sur pied d’un système démocratique.

À cet effet, ces dernières semaines, les médias canadiens parlaient d’un immense recul de la condition féminine au sein des communautés chiites afghanes avec la promulgation d’un code de la famille sexiste, voire misogyne. Il s’agit d’une preuve flagrante que la justification de la présence canadienne en Afghanistan ne tient plus la route. À ce stade, de deux choses l’une : ou bien les Canadiens expliquent autrement leur présence en Afghanistan, ou bien ils quittent.

Cette mission canadienne va non seulement à l’encontre de toute élaboration d’un projet solidaire entre le Canada et un pays «en voie» de développement, mais elle participe à l’exacerbation des tensions entre l’Occident et le monde musulman. Elle prend des allures de projet néocolonialiste auquel il est urgent de s’opposer.

Publié à La Presse le 17 avril 2009

Publié au Nouvelliste le 18 avril 2009

dimanche 9 mars 2008

Quand militarisme et éducation s'entremêlent

(Texte écrit à la suite de parution de publicités de l'armée canadienne dans un journal de mon Collège)

Dans la seconde moitié du XXe siècle, le Canada était perçu comme un pays pacifique et un pays neutre. Les missions de ses militaires étaient réservées exclusivement à des fins pacifiques. Vivons-nous une modification de la situation depuis que les militaires canadiens sont en Afghanistan? Se pourrait-il qu’au-delà des grands idéaux clamés par notre gouvernement conservateur, ce soit des motivations stratégiques économico-géopolitiques qui poussent une partie des États occidentaux à aller s’investir (et investir surtout des vies humaines) en Afghanistan? Ces questions doivent demeurer au cœur de l’actualité. Elles doivent être débattues dans les médias ainsi que dans tous les milieux éducatifs visant à former les citoyens de demain.

Oui! L’école est un lieu pour discuter, débattre, argumenter. Ce n’est pas un lieu pour recruter. Aussi militariste puisse être notre gouvernement, il est tout à fait inacceptable que l’armée canadienne vienne faire sa propagande dans nos écoles (collèges et universités). L’armée a ses collèges militaires. Si elle veut faire la promotion de ses programmes, c’est une chose. Mais vendre l’armée, vendre l’enrôlement, vendre la guerre, c’est à mes yeux criminel.

Le Collège Laflèche, en tant qu’institution qui forme des citoyens, en tant qu’institution socialement responsable, devrait refuser que l’armée canadienne vienne faire sa propagande dans son établissement (sous forme de publicité insidieuse entre autres). Il est du devoir de cette institution d’informer des enjeux de cette guerre. Mais refusons-nous à nous laisser réduire à cette logique marchande qui fait de l’étudiant lui-même un potentiel marchand… dans ce cas, une potentielle chair à canon.