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Professeur de sociologie et d'histoire.

mercredi 28 février 2007

Pourquoi voter? Voter pour quoi?

Une autre campagne électorale est en cours. Tout comme celle de 2003, les mêmes thèmes refont surface : santé, éducation, baisses d’impôt, paiement de la dette, environnement, etc. Les partisans campent leurs positions respectives sur le programme de leur parti. Ils le font d’une manière dogmatique, comme si l’élection de leurs représentants allait modifier le cours de l’histoire du Québec. Simple idéalisation partisane ou exagération de la réalité?
En fait, ces partisans n’ont pas toujours tort de penser que l’élection d’un nouveau parti peut représenter un renouveau idéologique pour une société. Deux exemples : les élections du PLQ et de «l’équipe du tonnerre» de Jean Lesage en 1960 et du PQ de René Lévesque en 1976 qui ont toutes deux accéléré la modernisation du Québec.

Pourtant, chaque fois qu’une campagne électorale s’entame – qu’elle soit fédérale ou provinciale – les mêmes discours désillusionnés et cyniques refont surface. «Blanc bonnet, bonnet blanc» disent certains. D’autres arguent que les vrais partis susceptibles de modifier le cours des choses sont, et restent toujours, dans l’opposition. Mais à force de répéter haut et fort que nous vivons en démocratie, nous en venons à oublier que la démocratie est un projet perpétuellement inachevée. Certains (et je suis de ceux-là) diraient même qu’il s’agit d’une utopie dont on s’éloigne plutôt qu’on ne s’approche depuis quelques années. Et les discours cyniques ne peuvent qu’aggraver les choses.

Parmi les raisons qui nous font croire que la politique n’est plus qu’au service de l’Ordre marchand, il y a les travers des systèmes bipartites comme aux États-Unis, le poids de plus en plus important des lobbies et groupes de pression dans la prise de décisions de nos gouvernants ainsi que l’ouverture des marchés à la globalisation entraînant des pertes d’emplois et une baisse des conditions de travail. Lentement mais sûrement, l’idéologie néolibérale élimine, privatise et sous-traite dans un objectif d’efficience, de profit et de croissance. C’est «l’éloge de la richesse» et les gouvernements autant que les mouvements sociaux ne peuvent rien y changer. C’est, du moins, la vision pessimiste.

Pourtant, depuis cinq ou dix années, l’environnement est passé d’un sujet d’écolos et d’intellos à une préoccupation populaire. «L’ex-futur» président des États-Unis Al Gore mène une énorme campagne de sensibilisation pour contrer le réchauffement climatique. Des États et des municipalités américains ont pris des mesures radicales pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Au Canada, le gouvernement minoritaire de Stephen Harper s’est vu dans l’obligation de «verdir» son programme devant les revendications des partis d’opposition et des mouvements sociaux. Stéphane Dion a même réussi l’exploit de devenir chef du Parti libéral du Canada en cachant son manque de charisme (et de leadership diraient les conservateurs) derrière ses pancartes vertes. Chez les jeunes Québécois, l’environnement est devenu un sujet aussi important que l’éducation ou la santé. En ce sens, tous les partis doivent adapter leurs plate-formes électorales aux besoins de la population. Et ils le font!

Pourquoi aller voter si les partis politiques ont si peu de pouvoirs réels? Pour empêcher qu’on ne s’éveille un jour en se rendant compte que la démocratie est devenue qu’une supercherie, qu’une manipulation sémantique de l’esprit. La démocratie, ce n’est pas de léguer toutes nos responsabilités entre les mains de quelques élus. Les citoyens ont des droits, mais ils ont aussi des responsabilités comme celle de s’informer au-delà des quelques clips publicitaires et des reportages de 30 secondes de nos téléjournaux. Irez-vous consulter les programmes des cinq partis provinciaux sur Internet? Connaîtrez-vous les conséquences de votre choix le 26 mars prochain?

Albert Einstein disait que «le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent agir et refusent d’intervenir». Le simple fait de voter est bien insuffisant me direz-vous, mais c’est tout de même le premier geste symbolique de l’engagement citoyen.

Objectif décroissance

Voici un texte publié au Nouvelliste au début décembre

Ne l’entend-on pas souvent? Il faut à tout prix contribuer à la croissance de notre région, de notre province, de notre pays. D’accord! Comment pourrait-on être contre ces belles intentions? Cependant, nous arrive-t-il de nous questionner à savoir ce qui se cache derrière cette notion de croissance?

À l’époque de la Guerre froide, il était facile de prendre parti. Le monde était divisé en deux. Au sens pragmatique du terme, c’est vrai, le meilleur système l’a emporté. Croyez-moi, la compétitivité, l’ouverture des marchés, la recherche de l’intérêt personnel et même la croyance mythique en la main invisible ne me font aucunement regretter le système soviétique. Par ses mécanismes de régulation interne, le capitalisme pousse tout individu à rechercher la productivité (dans son travail d’abord, mais dans sa vie personnelle ensuite). Le capitalisme ne peut survivre qu’en état de perpétuelle croissance, d’où cette nécessité de vouloir innover, de vouloir se dépasser, de vouloir être «compétitif» au plan individuel autant qu’au plan collectif. En ce sens, il est un système économique tout simplement formidable.

Mais un système économique, aussi formidable puisse-t-il être, a ses failles et ses lacunes, et ne doit jamais être érigé au rang de dogme. Ne connaît-on pas, au moins depuis Marx, l’amoralité, l’asocialité et l’inhumanité du capitalisme? Je me questionne, car depuis la chute du mur de Berlin, l’humanité semble se résigner au fait qu’il n’y a qu’une vérité, qu’un bon système : le capitalisme, version néolibérale. Elle est là l’erreur qui pourrait causer notre perte.
Tant et aussi longtemps que la croissance économique servait les intérêts de l’humanité, il était possible de voiler les déficiences du capitalisme en prétextant qu’un jour ou l’autre tous allaient profiter des retombées positives du «progrès». Or, ce dont il faut prendre conscience dorénavant, c’est que croissance économique rime avec une destruction effrénée des ressources naturelles, avec la modification irréversible du climat de la planète et, bien sûr, avec la fragilisation de la vie sous toutes ses formes (même humaine).

Mon discours n’est pas écologiste. Au contraire, il est très anthropocentrique. Peu importe, ce que nous ferons de notre planète ces prochaines décennies, je suis convaincu qu’une forme de vie quelconque saura bien se perpétuer. Ce n’est ni le sort des poissons, ni le sort des phoques qui me préoccupent. Ce qui m’interpelle, c’est le sort de l’espèce humaine. Au nom de principes économiques, au nom du dieu de la croissance, l’humanité détruit les conditions mêmes de sa survie.

Parlez de développement durable si vous le voulez, parlez de Kyoto. Ce sont des premiers pas (bien insuffisants) que même nos gouvernements ne sont pas prêts à franchir. L’avenir de l’humanité ne passe pas par un «développement» durable, mais bien par une «décroissance» contrôlée. Mon discours est tout à fait illogique, irrationnel, voire illusoire selon un paradigme économiste. Cependant, l’humanité a franchi la limite de la logique et du raisonnable depuis longtemps. C’est le paradigme de la morale et de l’éthique qui devrait maintenant conditionner nos actions, sans quoi cette décroissance sera soudaine et définitive. Concrètement, en Occident, une décroissance devrait prendre la forme d’une élimination de toute surconsommation. J’irais même plus loin en avançant que même la publicité pernicieuse encourageant la surconsommation devrait être abolie. Vous voulez des suggestions : conserver son automobile quinze années au lieu de quatre, allonger la durée de vie des objets qu’on achète et cesser de suivre les «tendances» (une télévision neuve, une voiture neuve, un réfrigérateur neuf), utiliser le transport en commun, réduire significativement le montant dépensé pour les cadeaux de Noël (pourquoi pas?!).

Dans les années soixante, on rêvait du XXIe siècle comme d’une société du loisir qui privilégierait les relations humaines. Y sommes-nous parvenus? Non. On travaille plus qu’avant pour répondre aux besoins artificiels de notre mode de vie ainsi que pour pouvoir payer les dettes que créent ces besoins. Ensuite, on se fait dire par M. Lucide Bouchard qu’on ne travaille pas assez, qu’on n’est pas suffisamment compétitif. Et on oublie que ce désir d’augmentation de la productivité répond à une logique capitaliste qui ne se soucie guère de l’éboulement que la montée vers le sommet provoque. Pour paraphraser les Cowboys Fringants : on vit dans un «univers où le verbe avoir a pris le dessus sur le verbe être, où tous les gens se font accroire que la possession est la seule quête». Achèterez-vous autant de cadeaux à Noël?

vendredi 3 novembre 2006

Six ans plus tard. La transformation de l'Amérique sous Bush

Il y a des ces moments charnières de l’histoire qui constituent des tournants. La chute du mur de Berlin (1989) ou l’écrasement des tours jumelles du World Trade Center (2001) en sont des exemples. Ils s’avèrent être des événements saillants certes, mais les faits de civilisation derrière ces événements (la chute du communisme d’une part; le début de la War on Terror d’autre part) sont les véritables sources de changement.

George W. Bush et son administration, instigateurs de cette guerre au terrorisme, ne passeront assurément pas à l’histoire pour avoir été une bonne administration des États-Unis d’Amérique. Et pourtant, Bush aura quand même sa place dans l’histoire comme président marquant. Marquant par sa maladresse, par son incompétence, par son manque de vision et même par ses lacunes langagières. Mais marquant! Au fait, qu’est-ce qui me permet d’être aussi sévère à l’endroit de l’administration Bush?

Sur le plan intérieur, le pays est plus instable que jamais. L’ouragan Katrina (2005) a bien mis en lumière les problèmes raciaux au cœur de la société américaine. Le nombre de crimes violents par habitant est le deuxième plus élevé de la planète (après le Brésil). L’immigration clandestine en provenance du Mexique ne cesse d’affluer. C’est sans compter l’endettement qui afflige non seulement le gouvernement, mais aussi et surtout les ménages étasuniens. Cette économie est basée sur des valeurs de surconsommation, voire de gaspillage.

Qu’est-ce que l’administration Bush a fait pour améliorer la situation ces dernières années? Aucun plan environnemental (de peur que la croissance ne soit freinée), aucune mesure d’intégration des immigrants, aucune réglementation permettant le contrôle des armes, aucune vision quoi! Au contraire, que des mesures répressives! On construit davantage de prisons et on restreint les droits et libertés des minorités. L’État se désengage dans tous les domaines sociaux, les impôts sont réduits, mais les dépenses militaires augmentent de manière faramineuse. Résultat : les surplus d’une centaine de milliards de dollars sous l’administration Clinton sont devenus un déficit de près d’un demi-billion de dollars annuellement.

D’autre part, la date du 11 septembre 2001 s’avère être le moment justificateur de toute la politique extérieure américaine de ce gouvernement qui venait tout juste de prendre le pouvoir. En ce sens, il n’est pas surprenant que la «théorie du complot» fasse de plus en plus d’adeptes chez les opposants aux Républicains. Après le 11 septembre, c’est l’attaque de l’Afghanistan. Après l’Afghanistan, c’est l’invasion de l’Irak. Au nom de quoi déjà? De la liberté? De la démocratie? D’accord. Mais dites-moi donc qui est plus libre qu’il ne l’était avant 2001? Les Afghans occupés? Les Irakiens au cœur d’une guerre civile? Cessons de se cacher la tête dans le sable : toute cette politique extérieure n’est que le prétexte nécessaire pour augmenter les dépenses militaires, pour augmenter les mesures de contrôle de toutes sortes et pour justifier des interventions de la CIA dans nombre de pays du monde arabo-musulman. C’est aussi le prétexte nécessaire pour garder une certaine forme de contrôle sur l’or noir si important au maintien de l’économie artificielle américaine.

Pour rassurer les trop nombreux soldats Canadiens qui participent à l’effort de «reconstruction» de l’Afghanistan, sachez que je ne doute pas qu’il puisse y avoir de bons principes derrière ces invasions (l’exportation de l’idée de démocratie, la construction d’écoles, l’amélioration du statut des femmes). Néanmoins, il faudrait nommer les choses par leurs noms : c’est du néo-colonialisme.À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, le décompte s’amorce. Plus que deux ans avant que George W. Bush ne se retire. Mais soyons conscients que derrière le personnage Bush fils, derrière la «marionnette», se cache toute l’idéologie néo-conservatrice qui, elle, n’a pas l’intention de perdre le pouvoir. Cette administration a déjà fait beaucoup de dommages en six ans. Elle a transformé l’Amérique en un continent un peu plus paranoïaque, un peu plus armé, un peu plus replié sur lui-même et, surtout, un peu plus xénophobe. Est-ce l’Amérique que nous voulons pour le troisième millénaire?

samedi 28 octobre 2006

Destination Perú

Je prépare un voyage de huit semaines pour le Pérou l'été prochain. Quelle superbe expérience! On me demande souvent pourquoi je me complique la vie au point de vouloir aller à l'étranger de la sorte quand j'ai tout ce que je veux chez moi. C'est pourtant simple... mais également complexe.

Plus je vieillis, plus je m'aperçois à quel point je suis un réel bourgeois. Ce que je critique des sociétés industrialisées, je l'applique et l'encourage moi-même. J'ai moi-même une attitude hautaine devant les plus défavorisés. Je hais me voir comme ça, mais c'est vrai que j'en fais trop peu pour entrer en relation avec des gens que je pourrais aider. Je me dis humaniste, mais je travaille pourtant beaucoup plus à l'amélioration de mes propres compétences, au développement des mes talents. Pourquoi ne travaillerais-je pas un peu au développement de ceux des autres?

C'est un peu dans cette optique que je me prépare pour le Pérou. En étant parfaitement honnête, je dois avouer, encore une fois, que je pars d'abord pour moi. Je veux voir «le monde», je veux apprendre l'espagnol, je veux devenir plus compétent dans ce que je fais (l'enseignement, la connaissance des sciences humaines, etc.). Mais j'espère tellement devenir, par ce voyage, un réel «humaniste» comme j'aime bien me décrire.

lundi 11 septembre 2006

L'altermondialisme, exercer le pouvoir sans le prendre

Au moment où le mur de Berlin tombait (1989) et qu’ainsi le bloc communiste s’effondrait petit à petit, certains proclamaient que l’Occident industrialisé avait finalement trouvé le système favorisant le plus l’épanouissement de la démocratie : le capitalisme libéral. Et pourtant! Près de deux décennies plus tard, le bilan de la progression démocratique dans le monde semble laisser à désirer.

Amorçons par un regard critique (et pessimiste?) pour essayer de mieux comprendre le monde actuel. Aux yeux de plusieurs, les jeunes (sauf quelques idéalistes et/ou carriéristes) perdent leur motivation à s’impliquer en politique active. La «fin de la pauvreté» tant souhaitée (Sachs) est loin des priorités des penseurs néolibéraux du Fonds monétaire international (FMI) ou de la Banque mondiale. Le monde politique est sous domination d’un système transformant les rapports politiques en processus opérationnels (Freitag). On vit une époque de désocialisation, c’est-à-dire de déclin du social au profit de l’économique (Touraine). L’individualisme, plutôt que de nous conduire à une quête de l’authenticité, semble nous mener à une perte de sens (Taylor). Résultats : devant les idéaux écologistes, devant les désirs de développement glocal (global et local) et durable, devant les idéaux d’égalitarisme se dresse une réalité de surconsommation, de croissance illimitée et d’accroissement disproportionnel des inégalités. La démocratie dans tout cela? En Occident, elle se limite à notre visite aux urnes chaque quatre ans. Dans le monde arabe, des populations entières se radicalisent devant l’invasion de cette «démocratie» aux allures belliqueuses. En Chine, on appelle «démocratie» un monde rappelant la dystopie orwellienne de 1984.

Ce pessimisme ci-haut mentionné légitime les scénarios les plus apocalyptiques relatifs à l’avenir de l’humanité. Cependant, ici, c’est justement d’une vision très réaliste que doit se nourrir l’utopie des années deux mille. Elle – nous l’appellerons l’utopie altermondialiste – cherche à bâtir le réel de demain, non en niant la crise que l’humanité traverse, mais en s’y nourrissant. On ne s’oppose plus à l’inévitable mondialisation (anti), mais on veut simplement la faire autrement (alter). C’est selon cette optique que le réel mouvement démocratique contemporain n’a rien de monolithique et de statique comme l’est trop souvent la politique partisane. Il est dynamique, multidimensionnel et fonctionne en réseau. En ce sens, à travers ses principaux adhérents (les jeunes du monde entier), il utilise et maîtrise les nouvelles technologies de l’information et des communications (NTIC).

Ce mouvement altermondialiste prend le visage de la consommation responsable (Naomi Klein et Laure Waridel), de la lutte à la libération des opprimés (les zapatistes du Chiapas), du développement durable (Action Boréale), de la lutte à l’extrême pauvreté (les Objectifs du Millénaire de l’ONU), du commerce équitable (Équiterre), de l’économie sociale et de l’éducation populaire (COMSEP à Trois-Rivières). Par l’entremise de toutes ses ramifications, l’altermondialisme devient un lieu d’éducation, une idéologie et même un mode de vie.

L’altermondialisme prend ses racines à gauche sur l’échiquier politique (de Bourdieu à Negri), mais il s’ouvre également aux penseurs et acteurs d’autres origines idéologiques (de Sachs à Stiglitz), qui souhaitent simplement penser le monde autrement que selon les diktats néolibéraux. Contrairement au mouvement de globalisation qu’il combat, il prône des valeurs d’ouverture culturelle qui s’avèrent indispensables au maintien de la paix dans ce monde où les cultures interagissent comme jamais dans l’histoire. L’altermondialisme, pour reprendre les termes du sous-commandant Marcos, c’est «exercer le pouvoir sans le prendre». C’est critiquer, éduquer, sensibiliser d’abord; et c’est proposer et agir ensuite (les deux étapes allant de pair). C’est la praxis en son sens aristotélicien. C’est elle l’utopie des années deux mille.

vendredi 11 août 2006

Début de session

Eh oui! La session commence ce lundi (dans 3 jours) et les cours le lundi suivant. Ai-je hâte? Oui. Deux mois et demi de vacances, c'est tellement long que j'en viens à me demander si je suis encore capable de socialiser. Si j'étais père de famille, probablement que 2 mois et demi avec ma famille ne serait pas pour moi aussi long. Mais cet été, j'étais seul dans un 4 et demi (ma copine travaillait 5 jours/semaine) et je travaillais sur mon mémoire de maîtrise. Un peu pénible à vrai dire... Deux ou trois semaines à «vedger», c'est acceptable. Ça fait même un bien immense. Cependant, là, c'était trop.

Je recommence donc à travailler la semaine prochaine avec une impression que je n'ai pas assez avancé mon mémoire de maîtrise et avec une autre impression que je ne suis pas suffisamment préparé pour mes cours. Je devrais pourtant me connaître avec toutes ces années. La vérité, c'est que je fonctionne uniquement sous la pression. Quand la session commencera et quand j'aurai vraiment l'impression d'avoir une énorme charge de travail, je serai à mon meilleur. Et, comme à l'habitude, je regretterai de ne pas en avoir fait plus cet été.

Quoi qu'il en soit, cet été m'a fait un grand bien. Je n'avais pas eu de réelles longues vacances depuis...attendez que j'y pense...1996! Je suis bon pour un autre 10 ans sans des vacances aussi longue. L'an prochain, p-ê l'ai-je déjà écrit dans ce blogue, je veux voyager. Pérou? Guatémala? Ouest canadien encore? On verra.

samedi 29 juillet 2006

Les trois maux d'une nouvelle époque

1. La fin de l’époque «contemporaine»

Il y a six ans, nous entrions dans un nouveau millénaire. Cet an 2000 tant attendu, tant appréhendé, constituait-il le point d’entrée de l’humanité dans une nouvelle époque, dans un nouveau paradigme temporel? Tout historien vous dira que le passage d’une époque à l’autre ne se fait jamais du jour au lendemain. Les cinq piliers d’une civilisation – économique, social, politique, culturel et idéologique – subissent une importante mutation pour passer d’une époque à l’autre. Par exemple, si la Révolution française (1789) marque le cœur d’un changement d’époque, la philosophie des Lumières, l’industrialisation et l’effervescence sociale et politique dans toute l’Europe de l’ouest sont de nécessaires facteurs explicatifs de tout le contexte. À ce moment, l’Occident entrait dans l’époque contemporaine, celle-là même qui donnera naissance au socialisme, au colonialisme, aux deux guerres mondiales, au monde bipolaire. Peut-être parlerons-nous un jour de cette époque comme celle de l’installation progressive de la «mondialisation». Laissons aux historiens du futur le soin de baptiser ces deux siècles.

Notre monde est en pleine transition vers une autre époque dont on ne connaît que trop peu de choses. Les travaux sur la «fin de l’histoire» et le règne de l’idéologie libérale (Francis Fukuyama) ou l’entrée dans une toute nouvelle logique de «clash des civilisations» (Samuel P. Huntington) sont des tentatives plutôt maladroites de démontrer que quelque chose vient de se terminer et qu’une nouvelle époque prend racines. Maladroites à juste titre, car tout comme l’historien ayant vécu en 1914 n’aurait pu dresser les caractéristiques du 20e siècle qui naissait sous ses yeux, il nous est également impossible de définir efficacement cette nouvelle époque qui s’est amorcée quelque part entre la chute du mur de Berlin (1989) et les attentats du 11 septembre 2001. Au mieux, j’identifierai ce que je considère comme ses trois «maux» les plus criants.

2. Trois maux d’une nouvelle époque

a) Le sida comme pandémie révélatrice de la fragilité de notre espèce
Le premier de ces maux est la pandémie du sida. Depuis l’identification de la maladie en 1981, ce serait 25 millions de personnes qui en seraient décédées. Aujourd’hui, selon les estimations, plus de 40 millions de personnes seraient séropositives. C’est depuis 2002 que le sida est considéré comme une pandémie globale qui ne montre aucun signe de ralentissement. Dans certains pays d’Afrique, là où les conditions économiques sont les plus difficiles et où la sensibilisation est le moins développé, c’est parfois une personne sur quatre qui est frappée par la maladie. C’est le cas entre autres en Afrique du Sud où le gouvernement a même mis en doute la réalité même du sida.

Le sida, mais aussi l’épisode du SRAS en 2003 et la grippe aviaire à venir, ont mis en évidence la vulnérabilité de l’humanité en ce 21e siècle. Pourtant, nous continuons de nous comporter en conquérant vis-à-vis notre milieu de vie. Mon deuxième point en témoigne.

b) La destruction de l’environnement
L’environnement devient une préoccupation importante, surtout chez les jeunes générations. Des groupes écologistes se forment. Le mouvement social altermondialiste brandit la protection de l’environnement comme revendication principale. La société civile s’éveille! Les gouvernements commencent à développer des politiques de développement durable. Voici un dossier sur le point d’être réglé. Non, pas tout à fait. Si cela fait une dizaine d’années que la population s’éveille aux problèmes environnementaux, cela fait deux siècles que l’industrialisation a entamé son processus de destruction de notre habitat. Les forêts québécoises sont presque entièrement détruites. Ailleurs? Forêt amazonienne ravagée en Amérique du Sud, ressources pétrolières à quelques décennies de l’épuisement au Moyen-Orient, ressources d’eau potable qui s’épuisent même dans des pays comme la France. Ne parlons pas de l’Afrique, il y a longtemps que les ressources naturelles sont à sec. C’est sans parler non plus des espèces animales et végétales en voie d’extinction.

Rien n’y fait, l’humanité (particulièrement l’Occident) n’a jamais autant consommé, n’a jamais autant gaspillé. Et ce n’est pas terminé. La Chine est l’Inde (plus du tiers de la population de la planète à leur deux), ont des taux de croissance avoisinant les 6 à 8% annuellement. Et pendant ce temps, jamais ne s’est-il autant vendu d’automobiles, les industries les plus polluantes continuent de bénéficier de réductions d’impôt et les gouvernements continuent de faire passer la «croissance» avant l’environnement (dans le dossier Kyoto entre autres).

c) Pauvreté et inégalités
Depuis le début des années quatre-vingt, les inégalités économiques entre riches et pauvres ne cessent d’augmenter. De nombreux organismes, ONG et coopérants oeuvrent partout dans le monde. Des économistes comme l’Américain Jeffrey Sachs proposent des plans pour enrayer l’extrême pauvreté. Les objectifs du Millénaire de l’ONU devaient même permettre de réduire au moins de moitié la misère dans le monde d’ici 2015. Malheureusement, dans ce dossier également, on agit trop peu. L’être humain (au singulier) n’est pas une préoccupation des gouvernements des pays les plus industrialisés. Les êtres humains (au pluriel), s’ils ne s’organisent pas pour défendre leurs droits, – ce que font rarement les gens qui se battent pour leur survie – deviennent de simples anonymes, de simples statistiques.

En Occident, l’État providence est critiqué pour ses politiques amenant à la déresponsabilisation individuelle. Tout de même, un certain consensus réside sur la nécessité d’offrir à tous un filet de sécurité sociale et un accès à l’éducation. Soyons lucides quelques instants. La relation entre inégalités socioéconomiques et violence a toujours été bien évidente. Par exemple, juste à constater le niveau de vie des Noirs et des Hispanophones par rapport aux White Anglo-Saxon Protestant (WASP) aux États-Unis pour comprendre une partie du problème du racisme depuis deux siècles. Les politiques néolibérales des vingt-cinq dernières années font pourtant oublier ces évidences et font entrer l’humanité dans le nouveau millénaire beaucoup plus vulnérable aux désastres humanitaires et aux conflits de toutes sortes.

3. Décrire une nouvelle ère

De nombreux sociologues et philosophes ont discuté et discutent toujours de ce passage à une nouvelle ère. Tantôt on la nomme ère «cybernétique» en référence au développement accru des technologies – pensons à l’informatique et aux nanotechnologies – , tantôt on utilise le terme galvaudé de «postmodernité». Dans son ouvrage Le naufrage de l’université, Michel Freitag parle du futur qui «est campé devant nous, [qui] nous tient et nous conquiert» (p. 10), annihilant ainsi toute cette liberté que l’humanité croit avoir acquise par la Raison. Voilà peut-être ce qui menace et identifie à la fois cette nouvelle époque. Concurrence, croissance, performance, efficacité deviennent les nouveaux mots d’ordre, les nouvelles manières d’être et d’agir pour faire face au futur. Un peu abstrait? Pensez donc aux gouvernements qui prennent des décisions non en fonction des besoins de la population, mais en fonction de leur cote de crédit (le déficit zéro de Bouchard, ça vous dit quelque chose?); pensez aux lobbies des armes et du pétrole qui ont plus de pouvoir que des millions de citoyens; pensez à la tyrannie des marques (Naomi Klein, No Logo) qui, en plus d’encourager le gaspillage et la surconsommation, place dans les mains des aléas de la publicité le pouvoir de décider de l’avenir de millions de travailleurs; pensez enfin aux jeunes de 17-18 ans qui font un choix de carrière en fonction uniquement des débouchés ou de l’argent qu’ils peuvent gagner dans ce «futur». Mené par un objectif d’efficience, est évacuée toute subjectivité, donc, évidemment, toute humanité, des prises de décisions personnelles ou collectives.

Pendant ce temps, les «maux» de notre époque continuent de courir et de s’aggraver. Pourquoi? Parce qu’en tant que simples variables d’un système qui les dépasse, les individus cherchent des solutions aux problèmes éphémères des organisations systémiques (multinationales, boîtes publicitaires, entreprises de finance, etc.) plutôt que des solutions aux problèmes sociétaux réels tels que les trois «maux» que j’ai soulignés. En d’autres termes, la société meurt, remplacé par le une «organisation systémique du social». En ce sens, une crise boursière s’avère être un problème beaucoup plus pressant – pour ce système – que le sida, la destruction de l’environnement ou la pauvreté. Le mirage de la liberté individuelle n’est donc plus au cœur de la pratique sociale, car les individus, très loin de la recherche de l’authenticité (Charles Taylor), sont plutôt atomisés les uns les autres à la manière décrite par Hannah Arendt dans ses travaux sur le totalitarisme. Cela rappelle presque le monde fictif imaginé par les frères Wachowski dans leur trilogie The Matrix.

Voici schématiquement la perte de sens qui menace l’humanité en ce début de nouvelle époque. Voici donc à quoi devra faire face les prochaines générations. Scénario pessimiste me direz-vous? Pas si l’on s’attaque de plein pied aux véritables maux qui nous menacent. Pas si l’on place au cœur de nos préoccupations les finalités auxquelles l’humanité aspire. Pas si l’on cesse de laisser toute cette latitude à l’économisme et à la technocratie. Jamais nous n’avons eu autant les moyens – intellectuels et techniques – de modifier notre présent et de préparer notre avenir. Prenons-en conscience.

vendredi 21 juillet 2006

Les théories du complot

Toujours intéressant de se tenir informé à propos de ce qui se fait dans ce monde «parallèle» où règnent conspirations et complots de toutes sortes (parfois véritables, parfois inventés de toutes pièces).

Voici trois vidéos que j'ai vu - et grandement apprécié - dernièrement. Trois vidéos dont j'ai pourtant peu à dire, ne pouvant critiquer que les interprétations et non les faits - que je n'ai pas vérifiés - qui y sont rapportés.

Donc... à vous de choisir ce qui vous intéresse. Et à vous surtout de me dire ce que vous en pensez, car j'en pense peu...

On n'a jamais marché sur la lune!!!
http://www.dailymotion.com/truthurts/video/253047

Le 11 septembre est un coup monté étasunien!!!
http://www.loosechange911.com/

Un projet américain (HAARP) est en cours pour, à l'aide d'ondes radio, modifier le climat et manipuler les comportements humains!!!
http://www.quelestmonip.info/pop/HAARP%20-%20CBC%20Broadcast%20(VCD)%20-%20Sascha%20-.avi

jeudi 20 juillet 2006

La fin d'une époque

En quelques mots, il venait d’effacer du revers de la main une particularité importante de l’identité canadienne. En une phrase ou deux, il venait de changer la façon dont les autres nous regarderaient.

Il, c’est notre premier ministre Stephen Harper; les quelques mots, ce sont ceux qu’il a prononcés au tout début de la crise au Proche-Orient en prenant nettement partie pour le camp israélien; les autres, ce sont les populations du monde entier qui, habituellement, perçoivent le Canada comme un pays neutre, comme un pays de tolérance et d’ouverture.

La question n’est même pas de savoir si les attaques israéliennes sur le Liban sont justifiées ou non. La question n’est pas non plus de savoir comment il serait possible de calmer cette poudrière proche-orientale qui est à la source du mythe du «choc des civilisations». Ceci est un débat extrêmement complexe que seule la diplomatie pourra, à longue échéance, dénouer.

Ce qu’il faut discuter ici, c’est la place que le Canada peut et doit jouer sur la scène internationale. Rappelons-nous que c’est Lester B. Pearson, en 1956, qui est à l’origine de la création des forces de maintien de la paix des Nations Unies, les casques bleus. Rappelons-nous également que même si le Canada était du côté du «monde libre» durant la guerre froide, il a refusé de s’impliquer directement dans le conflit au Vietnam et il est demeuré sensiblement ouvert à certains régimes socialistes (pensons aux bonnes relations Trudeau-Castro). Aussi, dernièrement, le Canada a refusé d’intervenir en Irak aux côtés des Américains, ce qui s’est avéré sans doute la meilleure décision de toute la carrière de Jean Chrétien. Pour ces raisons et bien d’autres, le Canada est perçu comme un pays d’une force militaire très modeste mais d’une force diplomatique très puissante. À vrai dire, peu de pays dans le monde peuvent se vanter d’avoir une aussi bonne réputation à l’international que le Canada.

Ça, c’était avant Harper. Cette réputation chèrement acquise est sur le point de s’écrouler sous le poids des politiques intérieures répressives et des politiques extérieures belliqueuses du gouvernement conservateur. Avoir de bonnes relations diplomatiques avec notre voisin du Sud ne signifie pas devenir son alter ego ou sa version miniature. En prenant position pour Israël, Harper déclarait indirectement la guerre à tout le monde arabe. Geste malhabile il va s’en dire. Pire encore, il retirait le Canada du nombre des rares pays susceptibles, par leur neutralité, de rechercher une solution diplomatique au conflit. Par cette prise de position, Harper rendait le Canada inapte dans ce qu’il fait de meilleur : la diplomatie.

Désire-t-on un Canada qui envoie plus de troupes pour occuper l’Afghanistan et l’asservir économiquement? Désire-t-on un Canada qui se sent obligé de prendre partie pour Israël dans un conflit pour lequel leur seul pouvoir d’intervention pourrait en être un diplomatique? Tant qu’à y être, désire-t-on que le Canada s’implique militairement dans le bourbier irakien? Il serait préférable de penser sérieusement à ces questions avant les prochaines élections. Le gouvernement Harper n’est pour l’instant que minoritaire, vous vous en souveniez?

mardi 18 juillet 2006

La meilleure époque?

Qu'on le veuille ou non, quand on a une formation en histoire, on cherche à évacuer tout anachronisme de nos analyses. En ce sens, il ne sert à rien de comparer des époques entre elles sans en connaître le contexte. On pourrait faire alors preuve non pas d'ethnocentrisme, mais de ce que j'appellerais un «temporallo-centrisme».

Tout de même, lire un peu sur l'histoire de notre espèce est suffisant pour se rendre compte que je vis dans un espace-temps des plus calme, des plus pacifique et même des plus libéral qu'il n'y a jamais eu. J'entends déjà le contre-argument - parce que c'est habituellement moi qui le formule - comme quoi c'est plutôt un conservatisme économiste qui a envahi la planète depuis les deux chocs pétroliers, et que cet économisme a des répercussions sociales menant à une fermeture culturelle et par une baisse de la tolérance à la différence dans le monde entier. Tout cela est vrai, mais relativisons!

Je suis né en 1980 au Québec. Le Québec, c'est cette province canadienne qui, disons-le, n'a pratiquement connu aucun épisode politique violent dans son histoire, hormis - et ce sont quand même d'important hormis - les conflits entre Européens et Amérindiens et les brefs événements qu'on pourrait classer dans un «patriotisme canadien-français» : d'abord les événements des Patriotes de 1837-1838, mouvement nationaliste et libéral; ensuite les événements d'octobre 1970, mouvement nationaliste et marxiste-léniniste. Outre cela, le Québec vit dans un calme absolu et, disons-le, dans une relative prospérité. Si je n'étais pas Occidental, je n'emploierais même pas le terme relative.

Le Québec, quand je le compare aux États-Unis ou à certaines régions du Canada anglais, est un endroit très ouvert aux nouvelles idées. Certes, nous sommes d'une dépendance économique effarante (envers nos voisins du Sud), mais d'un plan empirique, les écarts entre riches et pauvres (quoique s'aggrandissant) ne sont pas si mal (qu'est-ce que signifie pas si mal d'un point de vue statistique? Je ne voudrais pas entrer dans un tel débat quantitatif qui ne mènerait nulle part).

Alors voilà, je suis né à un endroit et à une époque riche. Qui plus est, mes parents viennent de la classe moyenne supérieure et je semble reproduire le même schème de vie. Si je pouvais me fermer sur le monde, si je pouvais ne pas voir les excès de la modernité, si je pouvais ne pas voir qu'il y a plus de malades mentaux dans les rues que dans les institutions dans une ville riche comme Montréal, si je pouvais ne pas savoir que je fais partie des 5% de plus privilégiés dans le monde, si je pouvais m'imaginer qu'il est possible de maintenir notre mode de vie et qu'il ne s'agit que d'attendre que les autres nous rejoignent (un peu comme l'économiste Jeffrey Sachs semble le penser), si je pouvais croire que le confort économique n'est pas lié à ce que j'appelle les «maladies de la modernité» comme le suicide ou les problèmes alimentaires (anorexie, boulimie), si je pouvais n'avoir aucune conscience politique ou environnementale et ne pas voir que nous détruisons notre habitat, si je pouvais... finir cette phrase autrement...